Le chemin initiatique du REAA
Le mot « universalisme » semble, à première vue, ne poser aucun problème au Maçon.
Il évoque ce qui dépasse les frontières, les peuples, les cultures, les religions et les appartenances. Il semble porter en lui une belle promesse.
Celle d’une humanité réconciliée dans ce qu’elle a de commun.
Pourtant, l’universalisme peut aussi devenir source de division lorsqu’il prétend définir, au nom de l’universel, une vérité unique à laquelle tous devraient se conformer.
C’est peut-être ici qu’une distinction mérite d’être faite entre universalisme et universalité.
J’ai réfléchis beaucoup, je ne trouvais pas le lien, puis j’en ai déduis que l’universalisme est une voie, tandis que l’universalité est un état!
L’universalisme est une démarche. Il suppose un mouvement de la pensée et de la conscience. Il nous invite à dépasser nos particularismes, à rechercher ce qui, au-delà de nos différences, peut être reconnu comme commun à tous les hommes.
L’universalité, elle, serait davantage un horizon, un état de conscience dans lequel les différences ne sont plus nécessairement vécues comme des oppositions.
L’universalisme est le chemin, l’universalité est l’horizon!
Cette distinction prend, me semble-t-il, tout son sens dans notre démarche initiatique. Car le Maçon n’entre pas dans le Temple pour renoncer à ce qu’il est.
Il n’abandonne ni son histoire, ni sa culture, ni ses convictions.
Il apprend plutôt à ne pas en faire des murs.
Dès le premier degré, le Rite nous place devant cette exigence.
Nous sommes d’abord dans le cabinet de réflexion, confrontés à nous-mêmes, avant même d’être confrontés aux autres.
Puis vient le passage des ténèbres à la Lumière. Ce passage n’est pas seulement celui d’un homme qui devient Maçon.
Il est aussi celui d’un homme qui commence à comprendre que ce qui le sépare des autres ne constitue pas nécessairement l’essentiel.
Dans le Temple, nous sommes différents par nos histoires, nos croyances, nos professions, nos opinions et nos caractères.
Et pourtant, nous sommes réunis.
Non pas parce que nous serions devenus semblables, mais précisément parce que nous acceptons de travailler ensemble malgré nos différences.
C’est là que le Rite me paraît particulièrement remarquable.
Il ne cherche pas l’uniformité ; il recherche l’unité!
L’uniformité efface les différences.
L’unité les dépasse.
Le REAA nous propose ainsi une voie qui part de l’homme particulier pour l’ouvrir progressivement à une dimension plus universelle.
Mais cette universalité ne nous est jamais donnée comme une vérité à posséder
Elle se construit.
Elle se travaille.
Elle se cherche.
Elle exige d’abord de reconnaître nos propres limites.
Le premier degré nous enseigne ainsi que nous ne sommes pas immédiatement dans la Lumière.
Nous sommes des êtres en chemin
Et peut-être est-ce précisément ce qui rend possible l’universalisme maçonnique.
Nous ne prétendons pas posséder l’universel, nous acceptons simplement et humblement de le rechercher ensemble!
Cette nuance est essentielle.
Car si l’universalisme devient une doctrine qui prétend imposer sa propre définition de l’universel, il peut paradoxalement produire l’exclusion qu’il prétend combattre.
À l’inverse, l’universalité peut être comprise comme cette capacité à reconnaître, derrière la multiplicité des hommes, une même dignité, une même capacité à chercher, à comprendre, à se transformer.
C’est pourquoi je ne dirais pas que le Rite oppose l’universalisme à la diversité.
Je dirais plutôt qu’il nous apprend à habiter la diversité sans renoncer à l’unité!
Le Temple est d’ailleurs une image puissante de cette recherche.
Les pierres sont différentes.
Elles ont des formes, des dimensions et des aspérités différentes.
Mais elles trouvent leur place dans une même construction.
Le Maçon travaille sa pierre, non pour la rendre identique aux autres, mais pour qu’elle puisse participer à l’édifice commun.
Peut-être en est-il de même de l’homme.
Nous travaillons sur nous-mêmes pour devenir capables de prendre place dans une œuvre qui nous dépasse.
Ainsi, au premier degré, l’universalité n’est pas encore un état que nous pourrions revendiquer.
Elle est plutôt une direction!
Et l’universalisme est la volonté de suivre cette direction!
Il nous appartient alors de progresser du particulier vers l’universel, du moi vers une conscience plus large, de la séparation vers la relation, de la connaissance de soi vers la reconnaissance de l’autre.
Le paradoxe est peut-être là!
Ainsi, plus je comprends ce qui fait de moi un être singulier, plus je peux reconnaître ce qui me rapproche de tous les autres.
L’universel ne se trouve donc pas nécessairement dans l’effacement des différences.
Il peut se révéler, au contraire, dans leur dépassement.
Et c’est peut-être ici que notre thème annuel prend tout son sens!
Oui! Le Rite Écossais Ancien et Accepté, est le ciment de notre fraternité universelle.
Le ciment ne rend pas les pierres identiques.
Il les unit!
Chaque pierre demeure ce qu’elle est, avec sa forme, sa matière, ses aspérités et ses imperfections. Mais, par le travail du Maçon, elle trouve sa place dans un édifice qui la dépasse.
Notre fraternité universelle n’est donc pas l’abolition de nos différences, elle est ce qui nous permet de les dépasser sans les nier.
Le REAA peut ainsi être compris comme un langage commun entre des hommes qui ne sont pas semblables, une méthode qui les conduit à travailler ensemble, et un chemin qui les invite à chercher au-delà d’eux-mêmes ce qui peut les réunir.
Le ciment de cette fraternité n’est pas une pensée unique.
Il est fait de travail, de respect, d’écoute, de recherche et de reconnaissance de l’autre!
Bref! De Fraternité!
Car le Maçon véritablement engagé dans son chemin initiatique ne dit pas,
« Je possède la Lumière. »
Il dit plutôt, « Je la cherche. »!
Et peut-être est-ce cela, finalement, la véritable universalité du Rite, non pas donner aux hommes une vérité commune à laquelle ils devraient tous se soumettre, mais leur offrir un espace où, différents par leurs chemins, ils puissent travailler ensemble à ce qui les dépasse.
Mon message choc!
«L’universalisme est le chemin. L’universalité est l’horizon. La fraternité en est le lien. Et le Rite, le ciment qui permet aux hommes de bâtir ensemble.»
©Alain Aussenac
Illustration, Fernand Leger, Les Constructeurs, Donation Nadia Léger et Georges Bauquier, 1969. Musée national Fernand Léger