Il est temps de sortir d’un mauvais rêve.
Le véritable adversaire n’est pas celui qui croit autrement que nous, c’est celui qui veut nous empêcher de croire, de penser et de vivre librement.
Je n’aime pas trop parler de moi, mais j’ai eu le bonheur d’étudier le droit comparé à la Faculté Internationale de Droit de Perpignan et d’étudier particulièrement le droit Islamique et les différentes traditions de la jurisprudence islamique.
Et j’ai, alors, bien compris la diversité et la complexité de l’Islam.
Depuis des années, on nous répète que « l’islam veut conquérir l’Occident », que des millions de musulmans formeraient une sorte d’armée silencieuse avançant inexorablement vers la domination de nos sociétés.
Cette histoire a un avantage, elle est simple. Et les récits simples qui désignent un ennemi collectif ont toujours le pouvoir d’effrayer les peuples et de les enfermer dans la peur.
Et c’est précisément pour cela qu’elle est dangereuse.
Car elle repose sur une formidable erreur de raisonnement, faire d’une religion immense et profondément diverse un acteur politique unique, doté d’une volonté commune et d’un projet collectif de conquête.
Mais où est donc cet islam unifié ?
IL N’EXISTE PAS !!!
L’islam est traversé depuis ses origines par des divisions considérables. Sunnites et chiites ne reconnaissent pas la même conception de l’autorité religieuse. Les sunnites eux-mêmes se répartissent entre plusieurs écoles juridiques. S’ajoutent les traditions soufies, les courants réformistes, les salafismes, les islamismes politiques, les musulmans libéraux, les musulmans simplement culturels et des millions de croyants dont la religion se résume essentiellement à une foi personnelle et familiale.
Il n’existe ni Vatican de l’islam, ni pape de tous les musulmans, ni gouvernement mondial musulman, ni état-major coordonnant une quelconque conquête de l’Occident.
Et les États musulmans sont loin de former un bloc.
L’Iran chiite n’est pas l’Arabie saoudite.
L’Indonésie n’est pas le Pakistan.
Le Maroc n’est pas la Turquie.
Le Sénégal n’est pas l’Égypte.
Ils ont des histoires, des intérêts, des régimes politiques et des conceptions religieuses différents. Ils peuvent même être adversaires.
Alors comment peut-on sérieusement parler de « l’islam » comme d’une puissance politique unique qui aurait décidé de conquérir l’Occident ?
C’EST ICI QUE COMMENCE LA MYSTIFICATION.
On prend quelques organisations islamistes, quelques prédicateurs radicaux, quelques attentats, quelques déclarations extrémistes, (il y’a tout de même, des réalités qu’il ne faut évidemment ni nier ni minimiser) et l’on transforme ces phénomènes particuliers en preuve d’un projet général.
C’est comme si l’on jugeait tous les chrétiens à partir d’une secte fanatique, tous les juifs à partir d’un extrémiste, tous les athées à partir d’un dictateur ou tous les Français à partir d’un criminel.
CE N’EST PAS UNE DÉMONSTRATION, C’EST UN AMALGAME!!!
Oui, l’islamisme politique peut entrer en conflit avec certains principes fondamentaux de nos démocraties.
Oui, le djihadisme est une menace réelle.
Oui, certaines interprétations religieuses peuvent être incompatibles avec la liberté de conscience, l’égalité entre les sexes ou la liberté d’expression.
MAIS, DE GRÂCE. NOMMONS BIEN LES CHOSES!!!
Parlons de djihadisme lorsque nous parlons du djihadisme.
Parlons d’islamisme lorsque nous parlons d’islamisme.
Parlons de salafisme lorsque nous parlons de salafisme.
Ne transformons pas deux milliards d’êtres humains en un seul personnage collectif baptisé « l’islam ».
CAR DERRIÈRE CES GÉNÉRALISATIONS DISPARAISSENT LES INDIVIDUS!!!
L’homme qui travaille à nos côtés.
La femme qui soigne nos parents.
Le commerçant de notre quartier.
L’étudiant qui prépare son avenir.
Le père qui accompagne son enfant à l’école.
La famille qui souhaite simplement vivre en paix.
Beaucoup sont musulmans et sont aussi Français, Européens, Marocains, Sénégalais, Bosniens, Indonésiens ou Iraniens. Ils peuvent être croyants, pratiquants, modérés, critiques de leur propre religion, ou simplement attachés à une tradition familiale.
ILS NE CONSTITUENT PAS UNE ARMÉE!!!
Et voilà le paradoxe extraordinaire de cette prétendue « conquête ».
Pour qu’elle existe, il faudrait d’abord que les musulmans soient beaucoup plus unis qu’ils ne le sont réellement.
LA PEUR FABRIQUE AINSI L’UNITÉ QU’ELLE PRÉTEND DÉNONCER!!!
Elle transforme une population diverse en bloc homogène, puis reproche à ce bloc d’exister.
C’est une mécanique ancienne, lorsqu’on veut fabriquer un ennemi, on commence par lui enlever ses différences.
Alors cessons de raconter aux peuples qu’ils doivent choisir entre deux camps imaginaires, l’Occident ou l’Islam.
Un musulman peut être européen.
Un chrétien peut être arabe.
Un athée peut être d’origine musulmane.
Un croyant peut défendre la République.
Et un homme de bonne volonté peut être tout simplement… un homme de bonne volonté.
Notre véritable frontière ne passe donc pas entre musulmans et non-musulmans.
Elle passe entre ceux qui veulent vivre ensemble et ceux qui veulent imposer leur volonté aux autres.
Entre ceux qui respectent la liberté de conscience et ceux qui veulent la supprimer.
Entre ceux qui acceptent la pluralité et ceux qui rêvent d’un monde où tout le monde penserait comme eux.
Cette frontière traverse toutes les religions, toutes les nations, toutes les cultures.
Elle traverse même chacun de nous.
Alors oui, défendons fermement nos libertés.
Défendons la laïcité.
Défendons l’égalité entre les femmes et les hommes.
Défendons la liberté de penser, de croire, de ne pas croire, de critiquer les religions et de changer de religion.
MAIS DÉFENDONS-LES SANS FABRIQUER UN ENNEMI IMAGINAIRE!!!
Car la paix ne consiste pas à fermer les yeux sur les fanatismes.
Elle consiste à combattre les fanatismes sans transformer ceux qui ne les partagent pas en ennemis.
Il est temps de retrouver une idée beaucoup plus ancienne et beaucoup plus simple.
NOUS POUVONS ÊTRE DIFFÉRENTS SANS ÊTRE ENNEMIS!!!
L’Occident n’a pas besoin de haïr l’islam pour défendre ses valeurs.
L’Occident a tant apporté au monde.
Et le monde musulman a tant apporté à l’Occident.
Les sciences, la philosophie, la médecine, les mathématiques, la littérature : notre histoire n’est pas celle de deux civilisations étrangères qui se seraient toujours affrontées. Elle est aussi faite d’échanges, d’influences et de transmissions réciproques.
Et l’Occident lui-même est une réalité diverse!
Les musulmans n’ont pas besoin de renoncer à leur foi pour vivre avec ceux qui ne la partagent pas.
Et nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout pour nous reconnaître une même dignité.
Il y aura toujours des fanatiques.
Il y aura toujours des idéologues.
Il y aura toujours des hommes qui rêveront de soumettre les autres.
Ne leur offrons pas le plus beau des cadeaux, une humanité divisée en blocs qui se haïssent.
Face à eux, opposons quelque chose de plus puissant, la liberté, la raison, la fraternité et la paix.
Car au bout du compte, au-delà des frontières, des religions et des appartenances, il demeure une vérité élémentaire, les hommes de bonne volonté ont infiniment plus de choses en commun que les idéologues ne voudraient nous le faire croire.
Et c’est peut-être cela, finalement, qu’il faut défendre.
NON PAS L’OCCIDENT CONTRE L’ISLAM.
MAIS LES HOMMES CONTRE TOUTES LES FORMES DE FANATISME QUI PRÉTENDENT PARLER EN LEUR NOM.
Méfions-nous du particularisme qui nous définit d’abord par nos appartenances.
Élevons-nous vers l’universalisme qui nous unit en tant qu’êtres humains, avant toute appartenance.
Malgré les immenses progrès technologiques que l’on vit, notre société s’est contractée, c’est une société assiégée qui a peur, elle devient dangereuse et mortifère!
Sans compter les incompétents qui avouent leur impuissance en nous précipitant dans un exutoire, la guerre!
FAISONS BRILLER LES LUMIÈRES
Image: La Paix descendant sur la terre pour consoler les hommes et ramener l’Abondance, plafond de l’Hotel de Ville de Paris, Eugène Delacroix, 1852.
©Alain Aussenac