Triste anniversaire…qui prend aujourd’hui un relief particulier.
Le pilote de l’avion, le colonel Paul Tibbets, ne savait pas ce qu’il allait larguer…il avait choisi de baptiser cet appareil en hommage à sa mère… Encore un exécutant!
Il y a 81 ans, Hiroshima puis Nagasaki étaient anéanties en quelques secondes par une arme nouvelle, née de l’intelligence humaine et justifiée alors au nom de nécessités que l’Histoire continue de questionner.
Depuis, l’humanité n’a cessé de perfectionner cette capacité de destruction.
Aujourd’hui, près de 12 200 armes nucléaires existent encore dans le monde. Les grandes puissances nucléaires modernisent leurs arsenaux et, loin de disparaître, la menace nucléaire retrouve une place croissante dans les stratégies de puissance.
Voilà peut-être l’un des paradoxes les plus vertigineux du progrès, il renferme à la fois ses édens et ses enfers.
Nous sommes devenus capables de conquérir l’espace, de modifier le vivant, de communiquer instantanément d’un bout à l’autre de la planète… et, dans le même temps, nous conservons entre nos mains les moyens de provoquer un cataclysme dont nous ne pourrions être les spectateurs.
Paradoxalement, ceux qui déclencheraient l’apocalypse en seraient eux-mêmes les victimes.
Pourtant, il nous reste une chance. Et cette chance ne réside probablement pas dans la recherche d’une nouvelle Terre qui permettrait à l’humanité de fuir la sienne.
Albert Jacquard l’avait remarquablement compris: “Ce qui serait désespérant, ce serait d’arriver à confier l’avenir de l’humanité à des progrès techniques illusoires. Or, la lucidité scientifique actuelle nous oblige à admettre qu’une désertion vers une planète non solaire est définitivement impossible. Aucun progrès technique ne permet d’espérer cette transhumance. Le véritable espoir n’est pas dans la fuite, mais dans la réalisation par les hommes d’une structure humaine aussi proche que possible d’un idéal qu’ils auront choisi eux-mêmes. Les vains efforts que l’on consacrera à aller sur une éventuelle planète seront du temps perdu pour la réalisation d’une humanité libérée. Libérée, non pas au sens de l’espace où elle peut vivre, mais au sens du rapport entre tous les humains. »
Oui, notre avenir ne se trouve pas dans une improbable transhumance vers une autre planète, mais dans notre capacité à construire ici même une société humaine plus juste, plus fraternelle, plus libre.
Le véritable espoir n’est pas dans la fuite, mais dans la transformation de l’humanité.
Nous avons peut-être besoin, collectivement, d’écrire une nouvelle Apocalypse, au sens premier du mot, une révélation, un dévoilement. Dévoiler enfin ce que nous sommes devenus.
Dévoiler notre formidable puissance… mais aussi notre immense fragilité, car il nous faudrait éviter de traverser la destruction pour atteindre cette nouvelle Jérusalem que nous cherchons depuis toujours.
L’éducation et la lutte contre l’ignorance sont peut-être nos seules véritables armes de préservation massive.
Parce que les fanatismes, les haines, les humiliations, les nationalismes exacerbés et les vérités transformées en certitudes absolues sont autant de doigts susceptibles, un jour, de se poser sur un bouton.
Il n’y aura plus d’Hiroshima. Personne ne le veut. Mais personne ne voulait non plus Tchernobyl. Personne ne voulait Fukushima. Et pourtant, ils sont arrivés.
La leçon d’Hiroshima et de Nagasaki n’est donc pas seulement celle de la puissance de la bombe. C’est celle de la responsabilité de l’homme face à ce qu’il est désormais capable de créer.
Le progrès véritable ne sera peut-être pas celui qui nous permettra de quitter la Terre, mais celui qui nous apprendra enfin à y vivre ensemble.
81 ans après Hiroshima, 81 ans après Nagasaki, la question demeure.
Serons-nous, enfin, capables de devenir suffisamment humains pour ne pas avoir à chercher ailleurs une autre planète à détruire ?
Avec les immenses progrès techniques continus que l’homme a déjà accompli et qu’il continue d’accomplir, sommes-nous capables d’habiter pacifiquement cette belle Terre, Gaïa des grecs, qui est depuis si longtemps la nôtre…?
L’hybris de l’Homme saura-t-elle enfin s’incliner devant Gaïa?
©Alain Aussenac

