C’est la quête… Mais peu le savent !
« Vérité est la Lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et qui veut regarder. Le Devoir y conduit sûrement.».
La vérité est au-dessus de l’humain, elle est l’inaccessible étoile!
Elle est ainsi voilée par notre matérialité, seule la purification et la spiritualisation nous permettront de nous orienter vers ce qui est vrai. Il s’agira alors de passer de la quintessence au sixième sens.

Il faudra trouver le moyen de passer de l’individuation des sens pour aller au bout de la matérialité et ouvrir l’intelligence du cœur pour faire parler autre chose qui est en nous.
Vérité et parole perdue sont donc intimement liées car l’une et l’autre permettent de s’approcher d’une conception globale du principe, c’est-à-dire la connaissance Dieu, Grand Architecte de l’Univers.
Comme cette parole perdue nous est inconnue, s’éclaire alors une autre vérité qui nous est révélée, savoir « qu’il est plus facile de faire notre devoir que de le connaître», puisque le Devoir c’est la recherche de la parole perdue, c’est-à-dire de la connaissance originelle avant la chute de d’Adam.

La recherche de ce qui est perdu va devenir la quête de l’être dans son principe originel : ce qui a vraiment disparu pour nous, c’est la conception de l’Unité dans l’ensemble de l’ouvrage organisé par maître HIRAM et pour le continuer, du moins jusqu’à une certaine limite, il faudra bien envisager une solution de remplacement.

Lors de la mort de l’architecte HIRAM, et de peur que ses assassins ne découvrent l’ancien mot de maître, fut, d’un commun accord entre les maîtres partis à sa recherche, substitué, lors de la découverte du corps, un nouveau mot correspondant à celui prononcé en retrouvant son cadavre, ce mot substitué étant MOHABON (M B) qui signifie « le fils issu du père », mais qui semble aussi dériver de la distorsion en Hébreu des mots « Ma Haboneh », ce qui se traduit par « qui est l’Architecte ou le Constructeur (boneh = architecte) ? ou l’Architecte est frappé». Ce mot substitué est à d’autres rites prononcé « Mac Benah », improprement traduit par «la chair quitte les os »
La parole initiale, c’est-à-dire l’ancien mot de maître qui était donc encore connu d’eux lors de la mort d’HIRAM, n’est donc pas véritablement perdue, mais seulement remplacée pour la circonstance.
Comme HIRAM n’est plus, la tradition ternaire est rompue puisqu’il ne reste plus que Salomon et Hiram, roi de Tyr.
Dès lors l’ancien mot de maître n’est plus opérationnel et ne peut plus être valablement communiqué par les deux maîtres restants, ce qui empêche à l’avenir toute élévation à la maîtrise.
Muni de ce nouveau mot substitué, le maître devra tracer sa route vers la vérité qui lui est liée, vérité qui comme nous le dit Platon est « l’adéquation de la chose et de l’entendement ».
Cet épisode de la parole perdue découle directement de la bible, de la perte de la langue originelle et de la confusion des langues dans la Tour de Babel, cette dernière étant liée à l’orgueil de l’homme cherchant par là à atteindre le Ciel et la Connaissance.
La parole perdue, c’est cette disparition de la langue originelle, ce qui a retiré momentanément à l’homme les moyens d’une remontée prématurée et l’a obligé à faire l’expérience intégrale du plan de la matière puisque la perte de la parole a momentanément coupé sa conscience des plans supérieurs.
Mais quelle est donc cette parole perdue ? C’est la clé du secret maçonnique!

« Le Grand et Ineffable Nom du Grand Architecte de l’Univers, Moise seul en avait la prononciation qu’il tenait de Dieu; Moise défendît alors par une loi de prononcer jamais ce mot, ce qui fit que la vraie prononciation fut perdue; mais j’espère avoir un jour la connaissance de cette Parole Ineffable. »
Elle aurait été transmise au grand prêtre et correspondrait au tétragramme hébraïque dont la prononciation n’était connue que du grand prêtre du temple de Jérusalem prononcée une fois l’an lors des cérémonies annuelles du Kippour devant les autres prêtres assemblés qui faisaient beaucoup de bruit pour empêcher que les fidèles réunis dans le temple n’en entendent la prononciation.
Les seuls noms autorisés pour les profanes étant « HASHEM, c’est-à-dire « le Nom » ou ADONAI « Mon seigneur » en matière religieuse.
La quête incessante du maçon, dès la maîtrise et dans les grades supérieurs, est donc celle de la recherche de la parole sacrée et de sa vérité, d’abord dans son écriture originale c’est-à-dire dans son fort intérieur, puis s’il en est capable, dans sa prononciation ou vocalisation.
Le Sefer Yetsirah, le grand livre ésotérique juif de la formation, affirme que la création de notre univers fut effectuée par la manipulation des lettres formant le tétragramme.
« Il choisit trois lettres parmi les simples (dans le secret des trois lettres mères Aleph/Mem/Shin) et les fixa dans son grand nom (Yod/Hé/Waw) et scella avec elles les six extrémités (dessus, dessous, à l’est, à l’ouest, au sud, au nord)… Voilà les vingt-deux lettres (de l’alphabet hébraïque) avec lesquelles il a gravé EHYEH, YAH, YHWH, ELOHIM, ELOHIM YHWH, YHWH TSÉVAOT, ELOHIM TSÉVAOT, El SHADDAÏ, YHWH ADONAÏ… »
Les neufs rayons de notre tableau de loge comprennent neufs de ces noms :
« EL — ELOHA — ELOHEM — EHEL — EHHAI — JUDDAI — IAH — ELION — SEBAOTH sont pris du Nom de la Divinité depuis l’Alphabet des Anges et de l’Arche Cabalistique. »
Chacun de ces noms correspond à divers attributs de la divinité.
« Ce sont les Neuf Noms que Dieu donna lui-même à Moise sur le Mont Sinaï en lui faisant espérer que sa postérité aurait son vrai Nom. » dit notre rituel.
Nous devons donc cheminer de mots substitués en mots substitués, ces derniers nous permettant quand même de bâtir notre temple intérieur sans trop de problèmes et avec une certaine vérité : MOHABON, c’est l’architecte qui nous suffit pour affirmer notre début de spiritualité dans une dimension verticaliste.

La maîtrise du verbe et de la vérité, c’est-à-dire l’accès progressif au pouvoir sacerdotal identique à celui du grand prêtre, butera sur l’essence du principe suprême, et même si nous connaissons les lettres, nous ne connaîtrons jamais la prononciation, car elle est la vérité des vérités, le secret de nos origines : Dieu, Jéhovah, Allah ne sont aussi que des noms substitués.
On peut penser que la disparition du maître HIRAM liée à la disparition du tétragramme, était dés lors nécessaire pour donner naissance à des mots substitués, mots possédant une vérité à portée humaine.
La vérité absolue est inaccessible à l’homme, mais nous devons tendre sans arrêt vers elle, jusqu’à notre ultime initiation, lors de laquelle, peut-être, nous sera révélée la prononciation du vrai nom du grand architecte de l’univers dont René Guénon nous dit « qu’il n’est pas autre chose qu’une question et que la réponse à cette question, serait le vrai mot sacré ou la parole perdue ».
Mohabon, l’architecte, Ma Haboneh, qui est l’architecte ?
Nous sommes sûrs que chacun trouvera un jour dans la parole perdue à la graphie retrouvée, ce qu’il est capable d’y découvrir et qui deviendra sa vérité du moment.
Nous ne serons donc jamais autorisés en ce monde à prononcer la parole perdue, la faire vibrer à nos oreilles pour ébranler les niveaux supérieurs de la conscience, et accéder ainsi au monde supérieur de l’émanation, car nous ne sommes pas Dieu, le G.A.D.L.U : nous ne pourrons que l’épeler lettre par lettre, sans ne former aucune syllabe, ce qui est le propre du maçon depuis le début de sa progression vers le sacré (« je ne sais ni lire, ni écrire, je ne sais qu’épeler » …).
Personne ne parviendra jamais à découvrir cette parole de vie, porteuse d’un idéal de perfection, à la fois perdue et recouvrée, puisque son approche ne peut se faire qu’en l’épelant selon le système du syllabaire et jamais en la prononçant.
Chacun de nous ne pourra espérer s’en approcher qu’en s’efforçant de l’incarner lui-même.
Mais cette fantastique recherche nous aura construits et complètement initiés.
Sans oublier, comme nous le précise le Zohar, que la connaissance de tous ces noms de Dieu crée une immense vibration spirituelle qui est un puissant antidote contre l’énergie négative de notre ego qui nous empêche de dominer notre monde physique.
Ce qu’il importera au fond de combattre, ce ne sont pas les noms que les autres attribuent à la vérité, mais l’intolérance qui ferait croire qu’il y a un seul nom possible et les travers humains qui nous font attribuer le nom à ce qui nous arrange.

La parole que nous viendrons à découvrir ne sera valable que pour nous dans cet instant qui correspondra à celui de notre vérité matérielle du moment, ce qui nous indiquera que nous aurons alors vraiment trouvé en nous le YOD, le germe divin, seul capable de nous révéler notre propre signification de la parole perdue et donc de la vérité qui y est attachée, le YOD nous rappelant à tout instant que la divinité est toujours présente au cœur de la matière.
Après cette belle envolée philosophique et spirituelle, nous savons que tout est tourné vers la recherche de Vérité et de la Parole Perdue qui ne sont au fond qu’un car le mot est Créateur.

Hélas ! Chaque fois que l’homme tente de rivaliser ou d’égaler le Divin, il est confronté à lui-même, à la matière (Adam, le mythe de la Tour de Babel, le Temple de Salomon…).
Cette confrontation est due à la primauté de l’esprit sur la matière.

Cette lutte dynamique qui engendre tous les mots substitués est axée vers la parole originelle non accessible mais seulement devinée.
Le processus de progression que nous propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté est essentiellement basé sur de nombreux voyages avec souvent un regard en arrière ou dans le miroir. Il est fait de pertes et de retrouvailles, de chutes et rechutes, de transgressions et de sacrifices, tout cela de mots substitués en mots substitués, et de lettres en lettres épelées.

En fait, nous sommes des lévites, les serviteurs du temple.
Pour se mettre au service de Dieu, il faut être pur, abandonner les métaux à la porte du temple. (Les lévites n’avaient pas de terres.)
Avoir une conduite irréprochable et ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’ils nous fassent.
Nous devons nous consacrer à ce qui est notre seul Devoir : Construire un temple de lumière.
Nous devons par notre conduite être ce temple lumineux.
Peut-être, y aura t-il alors une place assez pure pour faire rayonner l’Ineffable en nous? Sans cela tout perdra son sens.
Il ne nous restera que la vacuité insipide des mots et hélas, la cohabitation forcée avec des hommes à la lourde tunique de peau dont l’ego est tellement puissante qu’elle leur interdit a jamais l’accès à ce Saint Graal.
« Les gens ne devraient pas toujours tant réfléchir à ce qu’ils doivent faire, ils devraient plutôt penser à ce qu’ils doivent être. S’ils étaient seulement bons et conformes à leur nature, leurs œuvres pourraient briller d’une vive clarté. » Disait Maître Eckart
Alors pour terminer, je citerai Confucius : « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une ».
Je crois bien humblement que j’ai compris que le temps m’est compté et qu’il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
Alain Aussenac

La Lettre, chemin de vie (Agnés de Souzenelle), La Cabbale, Tradition secrète de l’occident (Docteur Gérard Encausse dit Papus), Instruction spirituelle (Maître Eckart), La Sagesse selon Confucius, Le maître, (Oswald Wirth ), Parole perdue et mots substitués, (René Guenon), A la recherche de la parole perdue, (Jacques Thomas), Cosmogonie des Rose Croix, (Max Heindel), Le Maître secret, (Christian Guigue), Revue Salix N°42, Rencontres Ecossaises de Marseille, Le Rite Ecossais Ancien et Accepté, l’esprit d’un rite (Villard de Honnecourt).